Israel : Lami des Arméniens, Yossi Sarid se retire de la politique
Les bouleversements dans la classe politique israélienne se poursuivent. Vendredi 2 décembre, lors d’une conférence de presse, le député et ancien leader du parti Méretz, Yossi Sarid a annoncé qu’il quittait la vie politique pour se consacrer à l’écriture.
Comme à son habitude, Yossi Sarid n’a pas manqué d’envoyer des piques à ses paires. Ainsi il a expliqué avoir le sentiment que ses chances d’être nommé à un poste de ministre dans le prochain gouvernement étaient faibles et qu’il ne souhaitait pas « battre de record » comme l’ancien chef du parti travailliste Shimon Pérès. "Je suis à la Knesset depuis 32 ans", a-t-il également déclaré hier. "J’étais jeune quand j’ai commencé la politique, mais je n’ai pas l’intention de rentrer dans Le Livre des records ou d’être en compétition avec ceux qui tentent de battre des records", a-t-il dit en faisant allusion à Pérès.
Critiquant la corruption et les magouilles des hommes politiques israéliens, il a déclaré : « Je suis fier de ne pas être sur la liste de gens qui bougent d’un côté à l’autre du spectre politique. Je quitte la politique avec la même chemise que celle avec laquelle j’y suis entré. » Puis il a ajouté : « Sharon est la personne la plus corrompue. »
Yossi Sarid est député à la Knesset depuis 32 ans, et il est le plus ancien parlementaire après Shimon Pérès et David Lévy.
Fervent ouvrier du processus de paix, il multiplia les contacts avec les responsables palestiniens. Défenseur de l’égalité des droits pour les Arabes israéliens, il favorisa le développement des écoles fréquentées par les minorités du pays lorsqu’il fut ministre de l’Education sous le gouvernement Barak. Yossi Sarid est un laïc convaincu qui milita pour limiter l’influence des juifs religieux sur la vie quotidienne israélienne. Il devint la bête noire du parti religieux Shass. Il provoqua une crise au sein de la coalition gouvernementale lorsqu’il refusa de déléguer une partie de ses pouvoirs au vice-ministre de l’Education, un religieux du Shass. Le chef spirituel du Shass, le rabbin Ovadiah Yossef, déclara alors que Yossi Sarid est un nouvel Aman et que son nom devait disparaître de dessous les cieux : « Il est Satan, le côté du mal, le Seigneur le déracinera comme il a déraciné Amalek » avait-il ajouté.
C’est une figure haute en couleur qui quitte la scène politique israélienne. Toute la question est de savoir si le parti Méretz sans Yossi Sarid réussira à récolter plus de voix lors des prochaines élections. Sarid avait été remplacé à la tête du parti en 2003 par Yossi Beillin qui est loin de faire l’unanimité.
Yossi Sarid (né en 1940), député et président du parti Méretz (de 1996 à 2003). Pendant de nombreuses années, il fut député du parti travailliste. Dans le gouvernement Barak, il fut ministre de l’Education et dans les gouvernements de Rabin - Pérès, il fut ministre de l’Environnement.
Il a été porte-parole du Mapaï (ancien nom du parti travailliste), conseiller du ministre des Finances Pinhas Sapir puis conseiller du Premier ministre Lévi Eshkol. Avant cela, il a enseigné l’éducation civique dans un lycée de Kyriat Shemona. Il est entré comme député du parti travailliste à la Knesset en 1974. En 1984, lors des élections pour la 11ème Knesset, il quitte le parti travailliste pour la formation de gauche Méretz.
Il est nommé ministre de l’Environnement en 1992 dans le gouvernement Rabin, poste qu’il continuera d’assumer sous le gouvernement Pérès. Shulamit Aloni, fondatrice et secrétaire général du parti Méretz quitte ses fonctions suite à une querelle de rivalité avec Yossi Sarid. Le 22 février 1996, il est élu secrétaire général du parti. Lors des élections de 1999, Yossi Sarid promet à ses électeurs de ne pas siéger dans un gouvernement où le parti religieux séfarade Shass participerait. Après la démission du secrétaire général du Shass, Arieh Déri (condamné pour escroqueries), il accepte de participer au gouvernement Barak malgré que le parti religieux soit membre de la coalition. Ehud Barak le nomme ministre de l’Education.
Yossi Sarid provoque une crise gouvernementale lorsqu’il refuse de déléguer une partie de ses pouvoirs au vice-ministre de l’Education, un religieux du Shass. Le chef spirituel du Shass, le rabbin Ovadiah Yossef, déclare alors que Yossi Sarid est un nouvel Aman et que son nom doit disparaître de dessous les cieux : « Il est Satan, le côté du mal, le Seigneur le déracinera comme il a déraciné Amalek. »
Méretz décide de quitter le gouvernement le 24 juin 2000, il démissionne de son poste de ministre de l’Education. En 2000, en qualité de ministre de l’Education de l’époque, Yossi Sarid, avait voulu introduire dans les manuels israéliens d’histoire un chapitre sur le génocide du peuple arménien provoquant une vive réaction du gouvernement turc. L’ambassadeur d’Ankara à Tel Aviv avait boycotté la réception des diplomates à la présidence de l’Etat à l’occasion de la fête de l’Indépendance.
Après l’échec des élections de 2003 (le parti est passé de 12 sièges à 6), il démissionne de ses fonctions de secrétaire générale mais reste député. Il est remplacé par Yossi Beillin.
Le 2 décembre 2005, il annonce qu’il quitte définitivement la vie politique.
Yossi Sarid a écrit régulièrement des articles dans le quotidien Haaretz. Il a composé des livres de poésie. Il est licencié en littérature et en philosophie et a obtenu une maîtrise en sciences politiques et en sociologie. Durant son service militaire, il fut canotier puis journaliste militaire. Marié et père de trois enfants, il habite Tel Aviv.