Certains Arméniens d’Istanbul victimes du syndrome de stockholm

Publié le par Roubo

Le 23 août 1973 à 10 h 15, un évadé de prison, Jen Erik Olsson tente de commettre un hold-up au Crédit suédois de Stockholm. L’intervention des forces de l’ordre l’oblige à se retrancher dans la banque où il prend en otage quatre employés. Il obtient la libération de son compagnon de cellule, Clark Olofsson, qui vient immédiatement le rejoindre. Les médias rapportent les surprenantes déclarations des personnes détenues : « Nous avons pleinement confiance dans les deux bandits, les voleurs nous protègent contre la police. » Six jours de négociation aboutissent, finalement, à la libération des otages au cours de laquelle ceux-ci s’interposeront entre leurs ravisseurs et les forces de l’ordre. Par la suite, ils refuseront de témoigner à charge lors du procès, contribueront à leur défense et iront leur rendre visite en prison. L’une des victimes, tombée amoureuse de Jen Erik Olsson, finira même par l’épouser.

Ce comportement paradoxal des victimes de prise d’otages est décrit pour la première fois en 1978 par le psychiatre américain F. Ochberg qui lui donne le nom de « syndrome de Stockholm ».

Visiblement lors du procès d’Orhan Pamuk certains arméniens d’Istanbul en ont été victimes.

Selon la presse turque Verkin Arioba, une citoyenne turque d’origine arménienne âgée de 46 ans, s’est ainsi faite la porte-parole de cette indignation en interrompant un dîner réunissant Orhan Pamuk et une délégation européenne venue le soutenir. La presse turque du 18 décembre rapporte cet incident qui a eu lieu dans le restaurant « Cezayir » (« Algérie ») situé Rue de France à Istanbul.

S’adressant aux eurodéputés présents, Verkin Arioba a affirmé que la polémique suscitée par Orhan Pamuk portait préjudice aux Arméniens de Turquie. « Je suis Arménienne. Je proteste [contre Orhan Pamuk] de manière démocratique. Ce sujet ne vous concerne pas. Nous, ici, en subissons le préjudice. De telles attitudes affectent notre quotidien et nous en souffrons. La situation évolue en empirant » a-t-elle déploré.

Daniel Cohn-Bendit a refusé de discuter avec Verkin Arioba arguant « être en vacances », de même que Hrant Dink, le directeur de la publication du journal turco-arménien Agos. Selon Mme Arioba, de nombreux Arméniens de Turquie partagent son point de vue mais « n’osent pas protester ».

Un autre arménien connu pour ses positions négationnistes pro-turques, Levon Panos Dabagyan, a lui aussi critiqué Orhan Pamuk, lors d’une conférence organisée par l’Université d’Uludag (Bursa, ouest de la Turquie) sur “Les dimensions historiques de la question arménienne et des relations turco-arméniennes”.

“De quoi se mêle Orhan Pamuk ? Nous [les Arméniens de Turquie] ne voulons rien de lui. Qu’il s’occupe donc de ses romans” a-t-il déclaré.

Pour Dabagyan, dont les propos ont été rapportés par la presse turque du 19 décembre, d’aucuns cherchent à déclencher “une guerre civile en Turquie”. “Il n’y a pas de question arménienne. Cette affaire a été forgée de toutes pièces. Il y a des volumes entiers sur les bons aspects des relations turco-arméniennes, mais on n’en parle jamais. Mon chef spirituel demeure au Patriarcat. La capitale de mon pays est Ankara. Les Arméniens jouaient le rôle de pont entre les Ottomans et l’Occident. C’est pourquoi on a toujours cherché à les présenter comme des ennemis. A l’une de nos oreilles résonnent les cloches des églises tandis qu’à l’autre nous entendons le chant du muezzin. Nous ne sommes pas venus en Turquie depuis l’étranger. Si une guerre devait éclater entre l’Arménie et la Turquie, je prendrais le parti de la Turquie car ma patrie est ici” a-t-il affirmé.

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