29 janvier 2001/29 janvier 2006 :5 ans après la loi de 2001, où en est-on de la protection des citoyens ?
Collectif VAN (Vigilance Arménienne contre le Négationnisme)
COMMUNIQUE DE PRESSE - 03/01/2006
L’année 2005 s’est achevée dans l’amertume : après l’appel de Jean-Marie Le Pen demandant l’abrogation de la loi Gayssot (et soulignant que ce serait « une bonne nouvelle pour les historiens et tous les esprits libres » !), la pétition de dix-neuf historiens de premier plan réclamant également, le lundi 12 décembre, l’abrogation de la loi du 13 juillet 1990 (dite Gayssot) et celle du 29 janvier 2001 relative à la reconnaissance du génocide arménien de 1915, a suscité un électrochoc chez tous ceux qui combattent au quotidien les actes racistes, antisémites, xénophobes ou négationnistes. Depuis les pétitions et contre-pétitions se suivent, mais le ver est dans le fruit.
Car en pensant protéger la Liberté pour l’histoire, des intellectuels respectés ont ouvert une boîte de Pandore où se sont engouffrés sans tarder tous les négationnistes qui, à l’instar d’un Jean-Marie Le Pen ou d’un Bruno Gollnisch, réclament l’impunité pour leurs écrits et déclarations racistes. L’historien Emmanuel Leroy-Ladurie, interviewé récemment par le journal turc Zaman, a déjà fait les frais de cette politique de récupération et ses excuses à la Communauté arménienne* ne peuvent, hélas, l’absoudre des propos tenus.
La polémique qui secoue la France depuis un mois, aura au moins eu le mérite de souligner que, si le Parlement n’a pas à écrire l’histoire**, il lui appartient par contre de protéger ses citoyens par des lois. Des lois qui, en l’occurrence, se basent sur des travaux d’historiens.
Est-il besoin de rappeler que la Shoah et le Génocide arménien sont les cibles incessantes des antisémites, des néo-nazis ou de la propagande négationniste internationale de l’Etat turc ?
Est-il besoin de rappeler que la loi du 29 janvier 2001, votée à l’unanimité et par laquelle « la France reconnaît publiquement le génocide arménien de 1915 », rappelle - bien timidement, puisque ni l’auteur du crime (le gouvernement Jeune-Turc) ni le lieu (l’Empire ottoman) n’y sont mentionnés - qu’il y a dans ce beau pays de France, des femmes et des hommes qui souffrent chaque jour, en 2005, du déni et du mépris de leur mémoire bafouée et qui se sentent en danger, au vu des échéances européennes ? Rappelons que la Turquie, présumée s’arrimer à l’Europe en 2015 à l’occasion du centième anniversaire d’un génocide nié et impuni à ce jour, pèsera alors de tout son poids dans la politique et la législation de l’Union européenne. Cette loi du 29 janvier 2001, par complaisance envers le gouvernement d’Ankara, n’a pas eu, jusqu’à présent, de volet pénal permettant la poursuite des négationnistes du génocide arménien qui sévissent à tous les niveaux d’information et tissent une savante toile de désinformation et d’incitation à la haine raciale. Hasard ou coïncidence, les agressions arménophobes progressent dangereusement dans l’hexagone et sont systématiquement étouffées.
Alors, l’urgence est là, plus que jamais : en ce 5ème anniversaire de la promulgation de cette loi, il appartient à nos députés, représentants de la nation française, non pas d’abroger une loi imparfaite, mais au contraire de la compléter pour qu’elle puisse assurer son rôle de prévention et tenter d’empêcher la répétition de la barbarie. Selon l’universitaire américaine Deborah Lipstadt, « la négation du génocide est la phase ultime du génocide ; c’est ce qu’Elie Wiesel a appelé ’un double meurtre’. ».
En tant que citoyens français issus de minorités, nous nous alarmons de toutes les manœuvres irresponsables qui pourraient laisser le champ libre à « la bête immonde » et réclamons une loi protègeant les citoyens de la République du racisme, de l’antisémitisme, de la discrimination, de la xénophobie et du négationnisme.
Nier, occulter ou minimiser les génocides du XXème siècle est un crime. Il est temps que cela soit dit. Laisserons-nous la France être le terrain du deuxième meurtre ?
2006, année de l’Arménie en France (jusqu’en juin 2007, au lendemain des échéances présidentielles) ne saurait être l’année de tous les renoncements. Bonne année à tous les démocrates épris de justice. Séta Papazian, Présidente
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